Le détroit d’Ormuz est le bras de mer qui relie le golfe Persique à l’océan Indien : c’est l’unique sortie maritime du pétrole et du gaz de sept pays producteurs, et quand il se bouche, le prix du baril monte parce qu’une partie de l’offre mondiale ne peut plus sortir.
En 2025, environ 20 millions de barils par jour de brut et de produits raffinés y sont passés, soit 25 % du pétrole transporté par mer et un cinquième de la consommation mondiale, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE).
⚡ En bref
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- 20 millions de barils par jour en 2025, soit 25 % du pétrole transporté par mer (AIE, fiche « Strait of Hormuz », février 2026).
- Le point le plus étroit mesure 54 km selon l’AIE, mais les navires ne disposent que de deux chenaux de 3,7 km, un dans chaque sens.
- Le Koweït, l’Irak, le Qatar, Bahreïn et l’Iran n’ont aucun oléoduc de contournement.
- Les oléoducs de secours saoudien et émirati n’absorbent qu’un quart du trafic normal, et le gaz naturel liquéfié (GNL) n’a aucune alternative terrestre.
Où se situe le détroit d’Ormuz, et pourquoi « 39 km » prête à confusion #
Le détroit sépare l’Iran, au nord, de l’enclave omanaise du Musandam, au sud. C’est le goulot d’une bouteille : sept pays — Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Koweït, Irak, Qatar, Bahreïn, Iran — produisent « au fond » d’un bassin quasi fermé, et Ormuz en est le bouchon.
Sa largeur mérite qu’on s’y arrête, car trois chiffres circulent. L’AIE écrit qu’« au point le plus étroit, le détroit ne fait que 29 milles marins de large (54 km) ». L’agence américaine de l’énergie (EIA) retenait « 21 miles », environ 34 km, en 2017. Et les 39 km souvent cités en France valent pour 21 milles marins, mesurés d’île à île et non de côte à côte.
Le chiffre déterminant est ailleurs, et les deux agences s’accordent dessus : la navigation commerciale se fait dans deux chenaux de 2 milles marins, soit 3,7 km chacun, un pour entrer, un pour sortir, séparés par une zone tampon de même largeur. Voilà l’entonnoir réel. L’EIA précise que le détroit est « assez profond et assez large pour accueillir les plus gros pétroliers du monde » : sa vulnérabilité est politique, pas bathymétrique.
Ce qui passe réellement par Ormuz #
En régime normal, l’EIA mesurait 20,7 millions de barils par jour en 2024 et 20,9 au premier semestre 2025. Sur 2025, l’AIE en détaille l’origine, en millions de barils par jour : Arabie saoudite 6,23, Irak 3,63, Émirats arabes unis 3,24, Iran 2,41, Koweït 2,37, Qatar 1,43, Bahreïn 0,21.
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Côté gaz, plus de 112 milliards de m³ de GNL y ont transité en 2025, près de 20 % du commerce mondial : 93 % des exportations qataries et 96 % des émiraties. Et 80 % de ce qui sort d’Ormuz part vers l’Asie.
Pourquoi le Koweït est le pays le plus exposé #
Parce qu’il n’a pas de porte de sortie. L’AIE le pose noir sur blanc : l’Arabie saoudite et les Émirats disposent de routes qui évitent Ormuz, mais l’Iran, l’Irak, le Koweït, le Qatar et Bahreïn « dépendent du détroit pour l’écrasante majorité de leurs exportations de pétrole ».
Les 2,37 millions de barils par jour koweïtiens n’ont aucun oléoduc de secours, aucune façade sur la mer Rouge, aucun terminal hors du Golfe. Là où Riyad bascule vers Yanbu et Abou Dhabi vers Fujaïrah, Koweït City n’a qu’une route — un trait de géographie du Koweït qui pèse d’autant plus lourd que le pétrole fournit plus de 90 % des recettes publiques du pays.
Le PDG de la Kuwait Petroleum Company (KPC), cheikh Nawaf Saud al-Sabah, déclarait ainsi à l’AFP le 14 août 2026 : « Il s’agit sans aucun doute de la crise la plus grave qu’ait connue le secteur pétrolier depuis l’invasion du pays par l’Irak en 1990. » La formule vise bien le secteur pétrolier, précision que plusieurs reprises ont escamotée.
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Le point que les cartes ne montrent pas — L’AIE écrit, à propos du gaz : « There are no alternative routes to supply natural gas from Qatar or the UAE to the global LNG market other than the existing LNG liquefaction facilities. » Le pétrole saoudien a un plan B terrestre ; le gaz qatari n’en a aucun. Une fermeture retirerait plus de 300 millions de m³ par jour, le double de ce que transportait Nord Stream en 2021.
Contourner Ormuz : capacité théorique contre capacité disponible #
C’est la nuance que les résumés escamotent. Deux oléoducs seulement évitent le détroit, et leur capacité affichée n’est pas leur capacité mobilisable.
- L’oléoduc Est-Ouest saoudien (Petroline), d’Abqaiq à Yanbu sur la mer Rouge : capacité de conception de 5 millions de barils par jour. Aramco l’a annoncée portée à 7 millions en mars 2025, mais l’AIE note que « des débits soutenus n’ont pas été testés à ce niveau ». Début 2026, environ 2 millions y circulaient : restaient 3 à 5 millions de marge réelle.
- L’oléoduc émirati d’Abou Dhabi vers Fujaïrah : capacité nominale de 1,5 million, portée à environ 1,8 million. Mais les Émirats en utilisent déjà 1,1 million au quotidien — il ne reste qu’environ 700 000 barils par jour mobilisables.
Total : 3,5 à 5,5 millions de barils par jour selon l’AIE. Face aux 20 millions qui transitent en temps normal, cela couvre à peine un quart du flux.
Du détroit au cours du Brent, puis à la pompe #
Le Brent est le brut de référence internationale. La chaîne tient en quatre maillons : l’offre baisse ou menace de baisser ; assureurs et armateurs relèvent primes de risque et longueur des routes, ce qui renchérit chaque baril livré ; le Brent monte ; le raffinage puis la distribution répercutent, avec un décalage qui dépend des stocks, des contrats et du taux de change, puisque le baril se cote en dollars et se paie en € à la pompe. Ce n’est pas théorique : entre ses éditions de juillet et du 11 août 2026, l’EIA a relevé de 8,5 % sa prévision de prix de gros du gazole américain pour 2026 et de 5,9 % celle de l’essence.
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Deux amortisseurs existent. Le premier, les stocks stratégiques : chaque pays membre de l’AIE doit détenir au moins 90 jours de ses importations nettes, et les réserves publiques dépassent 1,2 milliard de barils. Le 11 mars 2026, les 32 membres ont décidé d’en mettre 400 millions sur le marché — la sixième action collective depuis 1974, et la plus importante jamais décidée.
Le second, la capacité de production de réserve de l’OPEP : elle dépassait 4 millions de barils par jour fin 2025. Mais l’AIE souligne le piège — cette réserve est détenue « pour l’essentiel par l’Arabie saoudite », donc physiquement à l’intérieur du Golfe. Une fermeture prolongée rendrait indisponible l’amortisseur censé la compenser. Ormuz enferme à la fois le flux et sa police d’assurance.
Ormuz face aux autres grands points de passage du pétrole #
Volumes de brut et de produits raffinés, en millions de barils par jour (EIA).
| Point de passage | 2024 | 1er sem. 2025 | 2e trim. 2026 | Largeur au plus étroit |
|---|---|---|---|---|
| Détroit d’Ormuz | 20,7 | 20,9 | 4,9 | chenaux de 3,7 km |
| Détroit de Malacca | 22,5 | 23,2 | 16,6 | ~2,7 km (chenal de Phillips) |
| Bab el-Mandeb | 4,1 | 4,2 | 8,1 | ~29 km |
| Canal de Suez et oléoduc SUMED | 4,8 | 4,9 | 5,8 | canal artificiel |
| Détroits turcs (Bosphore, Dardanelles) | 3,6 | 3,7 | 4,1 | moins de 1 km |
| Pour mémoire : cap de Bonne-Espérance | 9,3 | 9,1 | 9,4 | route libre |
Malacca fait passer plus de barils qu’Ormuz, mais il se contourne par les détroits de la Sonde ou de Lombok. Ormuz, non. Et la colonne 2026 raconte un déplacement : Bab el-Mandeb a doublé parce que Riyad a basculé du brut vers Yanbu — visible sur une carte du Moyen-Orient.
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Où en est le détroit à la mi-août 2026 ? #
Cette section vaut à la date de publication. Le détroit est perturbé depuis fin février 2026. Selon l’EIA, dans son Short-Term Energy Outlook du 11 août 2026, le trafic serait tombé à 4,9 millions de barils par jour au deuxième trimestre, contre 21,6 millions au quatrième trimestre 2025, et les flux de GNL de 10,5 à 0,8 milliard de pieds cubes par jour. Le détroit serait donc « sévèrement contraint », selon la formule de l’agence. Une précision de lecture s’impose : ces 4,9 millions de barils par jour sont une moyenne sur l’ensemble du deuxième trimestre, d’avril à juin, et non l’état du trafic à la date de publication. Un débit résiduel étalé sur trois mois reste compatible avec un trafic commercial régulier à l’arrêt à un instant donné.
Reste que plus personne ne s’accorde sur le volume qui passe, et c’est en soi l’information. L’EIA prévient que, depuis fin février 2026, les signaux AIS des navires transitant par le détroit sont « particulièrement peu fiables ». CNN rapportait le 17 août 2026 un écart d’un facteur deux entre les traqueurs privés Kpler et Windward, autour de 4 millions de barils par jour, et le secrétaire américain à l’Énergie Chris Wright, qui avance 9 millions. Explication des traqueurs : près de la moitié des transits qu’ils observent se font transpondeur éteint, contre un huitième un mois plus tôt.
Côté prix, le Brent serait descendu à 69 dollars le baril le 2 juillet 2026 avant de remonter à 105 dollars le 23 juillet, selon l’EIA, après de nouvelles attaques contre des pétroliers — trois navires de l’émiratie ADNOC ayant été visés les 13 et 14 août, « le troisième en près de vingt-quatre heures » selon Le Monde. L’EIA prévoit une moyenne de 85 dollars au troisième trimestre 2026, puis un reflux vers 69 dollars en 2027. Prudence enfin sur les annonces de réouverture : celle du 17 avril 2026 avait été suivie d’une refermeture le lendemain. Les développements diplomatiques des tout derniers jours sont trop récents et trop contradictoires pour être tranchés ici : nous les suivons au jour le jour dans notre point d’actualité consacré aux menaces de Trump sur Oman et à l’état du détroit d’Ormuz.
Questions fréquentes #
Quelle est la largeur du détroit d’Ormuz ?
Le point le plus étroit mesure 29 milles marins, soit 54 km, selon l’AIE ; l’EIA retenait 21 miles, environ 34 km, en 2017, et les 39 km souvent cités valent pour 21 milles marins mesurés d’île à île. Le chiffre déterminant reste celui des chenaux : 3,7 km dans chaque sens.
Que se passe-t-il pour le prix de l’essence si le détroit d’Ormuz se ferme ?
Le cours du Brent monte d’abord, parce que l’offre baisse et que primes d’assurance et détours renchérissent chaque baril livré. La hausse gagne ensuite le raffinage puis la distribution, avec un décalage qui dépend des stocks, des contrats et du taux de change euro-dollar : elle n’est ni immédiate ni proportionnelle.
Peut-on contourner le détroit d’Ormuz par oléoduc ?
Seulement en partie. Les oléoducs saoudien vers Yanbu et émirati vers Fujaïrah offrent ensemble 3,5 à 5,5 millions de barils par jour selon l’AIE, contre 20 millions en temps normal. Le Koweït, l’Irak, le Qatar, Bahreïn et l’Iran n’ont aucune route de contournement.
À retenir #
- Ormuz est moins un détroit large qu’un couloir de 3,7 km dans chaque sens : c’est le chenal qui fait le goulot.
- 20 millions de barils par jour et près de 20 % du GNL mondial en 2025.
- Capacité théorique n’est pas capacité disponible : les oléoducs de secours couvrent un quart du trafic, et le gaz n’a aucun plan B.
- Le Koweït est le plus exposé des sept riverains.
- L’amortisseur ultime, la réserve de production de l’OPEP, est enfermé derrière le détroit.
Sources #
- AIE, fiche Strait of Hormuz (février 2026, données 2025) et communiqué du 11 mars 2026.
- EIA, World Oil Transit Chokepoints (3 mars 2026), Short-Term Energy Outlook (11 août 2026), Global Energy Security Data (12 août 2026).
Plan de l'article
- Où se situe le détroit d’Ormuz, et pourquoi « 39 km » prête à confusion
- Ce qui passe réellement par Ormuz
- Pourquoi le Koweït est le pays le plus exposé
- Contourner Ormuz : capacité théorique contre capacité disponible
- Du détroit au cours du Brent, puis à la pompe
- Ormuz face aux autres grands points de passage du pétrole
- Où en est le détroit à la mi-août 2026 ?
- Questions fréquentes
- À retenir
- Sources